Les Convergences botaniques 2025 à Toulouse : compte-rendu de la sortie Rosa au bois de la Ramée le 26 septembre

Title

Botanical Convergences 2025 in Toulouse: report on the Rosa excursion to the bois de la Ramée on September 26

Résumé

Avec la présence de Rosa gallica L. et ses hybrides spontanés, les bois de la région toulousaine ont attiré l’attention des botanistes locaux dans la deuxième partie du xixe siècle. Parcourir ces lieux pour localiser ces observations anciennes est un vrai défi. La sortie organisée dans le cadre des Convergences botaniques était destinée à partager cette expérience. Une présentation de la problématique des intermédiaires entre R. sempervirens et R. arvensis était au programme, de même celle des intermédiaires entre R. canina et R. dumalis.

Abstract

With the presence of Rosa gallica L. and its spontaneous hybrids, the woods of the Toulouse area attracted the attention of local botanists in the second half of the 19th century. Traveling through these places to locate these old observations is a real challenge. The outing organized as part of the botanical convergences was intended to share this experience. A presentation of the problem of the intermediates between R. sempervirens and R. arvensis was on the program, as well as that of the intermediates between R. canina and R. dumalis.

1. Introduction

Le genre Rosa intrigue les botanistes toulousains depuis longtemps, en particulier sur le site du bois de la Ramée. Théodore Arrondeau, professeur au lycée de Toulouse, consacrant ses loisirs aux études botaniques, en a rédigé une monographie spécifique en 1854. Édouard Timbal-Lagrave, pharmacien à Toulouse, a alimenté son herbier avec des échantillons locaux entre les années 1860 et 1882. Dans sa publication Rosae Hybridae de 1894, François Crépin, alors directeur du jardin botanique de l’État à Bruxelles, le souligne : « Le bois de Larramet et d’autres lieux voisins des environs de Toulouse sont extrêmement intéressants au point de vue des hybrides que l’on y rencontre ».

Un recensement des observations anciennes a été réalisé avec l’intention de les retrouver sur le terrain et de comprendre, à l’aide de la nomenclature de l’époque, l’approche qu’avaient ces botanistes de ce genre très particulier. La tenue des Convergences botaniques de la SBOcc à Toulouse en septembre 2025 a donné l’opportunité de partager cette expérience.

 

2. Description du site

Voici ce qu’ont écrit Édouard Timbal-Lagrave et Ernest Jeanbernat dans leur rapport sur l’herborisation faite le 13 juillet 1864 au bois de Larramet, effectuée lors de la session extraordinaire de la Société botanique de France réunie pendant dix jours à Toulouse :

« Le bois de Larramet est une de ces dernières oasis devenues si rares auprès de Toulouse. Il est situé à 8 kilomètres de la ville, sur un plateau peu élevé (186 mètres), qui sépare le bassin de la Garonne de celui du Touch, son affluent. Ce plateau, à peu près horizontal, est creusé, dans son milieu, d’une dépression assez marquée, dans laquelle l’Ousseau roule sur les cailloux ses eaux peu abondantes. Ce petit ruisseau entretient sur ses rives, couvertes d’un épais fouillis d’arbustes, une fraîcheur fort agréable, et donne asile à un bon nombre de plantes qui aiment l’humidité. Le sol tout entier du reste du plateau est formé de cailloux roulés, provenant des roches pyrénéennes, que la Garonne, à l’époque glaciaire, a entassées sur ses bords. Une mince couche d’humus la recouvre ; humus mélangé lui-même de gravier et de sable ; aussi le terrain est-il peu propre à la culture. Un taillis de chênes peu vigoureux et constamment arrêtés dans leur essor par des coupes trop fréquentes, couvre tout le plateau, laissant çà et là de vastes clairières que le Sarothamnus scoparius Koch et le Calluna vulgaris L. s’empressent d’envahir. À l’angle sud-ouest du bois existe une petite excavation où les eaux pluviales s’accumulent faute d’écoulement, et forment un marais presque desséché pendant l’été. Un large et profond fossé entoure le bois de toute part et l’isole des nombreux vignobles qui le ceignent.

Tel est l’aspect topographique du lieu que la Société botanique de France avait à explorer le 13 juillet 1864. Les omnibus de la banlieue nous transportèrent à Lardenne, petit village limitrophe du bois, et par un petit chemin bordé d’élégantes habitations de plaisance, nous gagnâmes les rives de l’Ousseau, où notre herborisation commença. ».

 

2.1. Le bois de la Ramée de nos jours classé en ZNIEFF

Cette zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (photo 1) se situe aux portes de Toulouse, au sud de Tournefeuille. Ces 47 ha de milieux naturels, assez bien conservés, forment la périphérie sud du complexe de sports et de loisirs de la Ramée. C’est un lieu très fréquenté par la communauté urbaine de Toulouse. Avec neuf espèces déterminantes recensées dans les secteurs les mieux préservés de ce site, la flore est remarquable et diversifiée pour ce territoire enchâssé dans un complexe urbain. Ce site se distingue par la juxtaposition d’habitats diversifiés et intéressants qu’il renferme. Des pelouses sèches acides, où l’on peut trouver par exemple Echium plantagineum, sont au contact de zones humides formées par des dépressions en bordure de forêt dans lesquelles se développe Ranunculus ophioglossifolius, protégé à l’échelle nationale. D’autres plantes rares, comme Rosa gallica, protégée nationale ou Trifolium bocconei sont présentes en lisière de forêts acidiphiles, tandis que les sous-bois frais voire humides abritent Juncus capitatus (non déterminant) ou Fritillaria meleagris (protégé en Haute-Garonne).

Plusieurs groupes taxonomiques comptant des espèces intéressantes (reptiles et amphibiens, oiseaux, champignons…) représentent également de fortes potentialités pour ce site. Intégré dans une des zones les plus urbanisées du département, ce complexe boisé et humide présente donc des enjeux importants. Il faut cependant noter que cet espace naturel est dépendant du maintien du système hydrologique. En effet, plusieurs petits rus traversent les boisements et inondent les dépressions. Ce sont ces derniers qui garantissent cette richesse exceptionnelle au bois de la Ramée.

Photo 1. Le périmètre de la ZNIEFF, coloré en vert sur cette carte ; source : https://inpn.mnhn.fr/zone/znieff/730010247/tab/commentaires.

2.2. Déroulement des herborisations

Ont participé à ces herborisations (photos 2 à 4) :

  • Corinne Deker (Cugnaux, Haute-Garonne)
  • Amandine Del Corral (Colomiers, Haute-Garonne)
  • Inès Moreau (Toulouse, Haute-Garonne)
  • Ysaure David (Fleurance, Gers)
  • Edwige Pauthier (Layrisse, Hautes-Pyrénées)
  • Léo Mende (Mazères, Ariège)
  • Philippe Rabaute (Vailhauquès, Hérault)
  • Nicolas Dole (Clermont-Ferrand, Puy-de-Dôme)
  • Michel Simon (Munster, Haut-Rhin)
  • Régis Mathon (Frouzins, Haute-Garonne)

Dans un premier temps, à proximité des voitures, nous avons pu observer un massif typique de Rosa gallica (GAL007). Il est constitué d’un ensemble de rameaux assez droits, légèrement flexueux, drageonnants, présentant une fructification réduite (peu de rameaux porteurs de cynorrhodons), vraisemblablement due à une exposition au soleil très partielle. Nous avons pu constater des folioles pliées en deux suivant la nervure principale, caractéristique habituelle chez R. gallica mais plutôt assez souples, non coriaces. Cette dernière observation ainsi que la présence de cynorrhodons desséchés nous conduisent à émettre des réserves sur la conformité totale à un R. gallica mais plutôt vers un des synonymes, R. arvina ou R. pumila, tous deux mentionnés en observations anciennes (photo 5).

Puis nous avons contourné le bois par l’extérieur vers la gauche pour nous enfoncer dans le sous-bois. Plusieurs stations de Rosa se maintiennent profitant de quelques zones d’ensoleillement, massifs bas entremêlés d’arbustes à tiges flexueuses peu nombreuses ne formant pas de buisson. Plusieurs cynorrhodons, desséchés, avaient été préalablement repérés par un bout de ficelle bleue.

Photo 2. Le groupe attentif ; Delux Création, CC-BY-NC-ND.
Photo 3. Le groupe attentif ; Delux Création, CC-BY-NC-ND.
Photo 4. Le groupe attentif ; Delux Création, CC-BY-NC-ND.
Photo 5. GAL007 : R. arvina ou R. pumila, folioles souples pliées en deux et cynorrhodon desséché. CC-BY-NC-ND.

Observations réalisées à proximité du parking

Les premiers cynorrhodons observés présentaient sur leurs sépales externes des appendices longs et nombreux (GAL057), laissant présumer la forme Rosa cordata décrite par l’abbé Cariot et faisant l’objet d’une observation ancienne dans ce bois. Suite à une observation ultérieure le lendemain, Michel Simon, constatant la présence des folioles coriaces, confirme la conformité aux R. gallica qu’il connaît (photos 6 et 7). Les seconds cynorrhodons, non loin de là, présentaient des styles rapprochés en colonne indiquant un vraisemblable hybride de R. gallica avec R. arvensis, R. ×polliniana Spreng (GAL060) (photo 8).

Photo 6. GAL057 : R. cordata , foliole terminale à base cordée. CC-BY-NC-ND.
Photo 7. GAL057 : R. cordata, sépales à appendices nombreux, longs et étroits. CC-BY-NC-ND.
Photo 8. GAL060 : R. ×polliniana, styles rapprochés en colonne ou faisceau poilu. CC-BY-NC-ND.

Nous avons ensuite observé un arbuste peu élevé avec des rameaux peu nombreux, flexueux, munis d’aiguillons fins aciculaires au sommet des rameaux, des folioles pubescentes sur le dessous et sur le dessus (TRA003). Les cynorrhodons relativement nombreux sur ce spécimen étaient tous desséchés. Nous avons pu remarquer de nombreux autres arbustes semblables tout proches, montrant un port drageonnant.

Les tiges longues et épaisses, la présence d’acicules au sommet des rameaux, les cynorrhodons desséchés, un caractère drageonnant nous indiquent une origine hybride avec R. gallica. La pubescence des deux faces des folioles laisse entrevoir des caractères de R. tomentosa, c’est ce qu’indiquent les sources anciennes ; nous serions donc en face d’un spécimen de R. genevensis Puget ex Déségl. Cet hybride est très présent en divers endroits du bois de la Ramée (photos 9 et 10).

Photo 9. TRA003 : R. genevensis, pubescence et glandulosité de la face inférieure de la foliole. CC-BY-NC-ND.
Photo 10. TRA003 : R. genevensis, acicules sur pédoncule et sommet des rameaux, cynorrhodons desséchés. CC-BY-NC-ND.

Revenant sur nos pas, à la lisière du bois, nous nous sommes arrêtés quelque temps sur deux spécimens de Rosa de la section Rubiginae dont le dessous des folioles (nervures et limbe) est couvert de glandes odorantes bien visibles (RUB036). L’accès au sous-bois est tracé entre ces deux arbustes d’environ deux mètres de hauteur, à tiges très droites couvertes de nombreux aiguillons, de 10 à 30 ´ 10 cm. Le dos des sépales et les pédicelles glanduleux, les styles glabres ou peu poilus nous conduiraient à R. micrantha mais la présence de nombreuses folioles à base nettement cunéiforme et, comme l’a fait remarquer Michel Simon, des folioles ne se recouvrant pas montrent des caractères de R. agrestis. Le botaniste gersois Duffort, pharmacien à Masseube, a décrit un hybride agrestis × rubiginosa, le R. ×praestans Duffort ex Rouy dont la publication de référence se trouve dans la flore de France de Rouy (1900), observé en Haute-Garonne à Colomieu (Colomiers), localité proche du bois de la Ramée.

Côté hybride avec R. gallica, Rosa subdola Déségl. (R. gallica × R. agrestis), est mentionné à la Ramée par Rouy (Timbal in herbier Rouy). Voilà deux pistes de recherche. Michel Simon nous en dira davantage à partir de son prélèvement réalisé le lendemain (photos 11 et 12).

Photo 11. RUB036 : R. subdola ou R. ×praestans, glandes sur le revers des folioles. CC-BY-NC-ND.
Photo 12. RUB036 : R. subdola ou R. ×praestans feuilles à folioles ne se recouvrant pas. CC-BY-NC-ND.

Observations réalisées sur le parcours

Nous nous sommes dirigés sur quelques centaines de mètres le long de la route qui conduit vers le parking intérieur puis sur la piste forestière jusqu’à un arbre encadré de deux spécimens, l’un à feuilles glabres avec des aiguillons droits ou inclinés à base non élargie, vraisemblablement R. trachyphylla Rau (TRA028 ; photo 13) et l’autre à feuilles pubescentes sur les deux faces, ressemblant à R. genevensis avec cependant quelques aiguillons à base élargie et surtout des acicules au sommet des rameaux visibles au printemps et absents lors de la sortie (GEN025 ; photo 14).

Photo 13. TRA028 : R. trachyphylla, aiguillons droits et inclinés à base non élargie. CC-BY-NC-ND.
Photo 14. GEN025 : R. genevensis, présence d’acicules au sommet des rameaux. CC-BY-NC-ND.

Nous passons devant un autre hybride (GEN030), situé sur le bord du chemin en exposition ensoleillée, buisson bas de moins d’un mètre de hauteur, assez fourni en tiges, aux aiguillons droits, aux feuilles pubescentes sur les deux faces. L’absence d’acicules au sommet des rameaux et la présence d’un cynorrhodon rouge, signe d’une fructification menée à terme, contrairement à ceux situés en sous-bois, nous conduisent vers un hybride stabilisé de la section Jundzillianae (photo 15). Il s’agit vraisemblablement de R. tolosana décrit en 1870 par Timbal-Lagrave, repris par Hermann Christ en 1873 sous le nom de R. jundzilliana f. tolosana puis par Rouy (1900), également par Robert Keller sous le nom de Rosa jundzillii var. tolosana. Pour des raisons d’antériorité, R. marginata est retenu à la place de R. jundzillii, il semble judicieux de retenir pour ce taxon le nom de R. marginata var. tolosana (Timb.-Lagr.).

Photo 15. GEN030 : R. tolosana, glandes sur le pédicelle et à la base du cynorrhodon, dessus des folioles très poilu. CC-BY-NC-ND.

Nous examinons ensuite un Rosa d’un port différent. Les rameaux longs et minces grimpent sur les arbres et arbustes des haies puis retombent (SYN069). Les cynorrhodons présentent à leur sommet des styles soudés en une colonne plus ou moins hérissée de poils (photo 16). Les folioles ovales acuminées sont luisantes sur les deux faces et persistantes en hiver, les feuilles tombent au printemps lors de l’apparition des nouvelles. Nous sommes dans la section Synstylae et proche de R. sempervirens L. Il s’agit de R. ×pervirens Gren ex Tourlet, intermédiaire entre R. sempervirens et R. arvensis, très commun dans la région toulousaine. R. arvensis a fait l’objet d’observations anciennes dans ce bois. Des observations contemporaines ont été faites, mais non confirmées. Situés en sous-bois ces arbustes restent au stade végétatif sans floraison. Le graphique de la figure 1 montre la répartition entre les deux espèces de cette section, R. sempervirens et R. arvensis, des intermédiaires observés dans les environs toulousains. Ils sont regroupés selon les formes décrites par Amédée Fouillade dans un article publié en 1930 Sur l’origine hybride probable des formes intermédiaires entre Rosa sempervirens et Rosa arvensis croissant dans l’ouest de la France. En outre, celui-ci met en avant l’intérêt de noter l’impureté du pollen qui est pour lui un indicateur plus fiable que les caractéristiques morphologiques.

Photo 16. SYN069 : R. ×pervirens , colonnes stylaires poilues au sommet des cynorrhodons et folioles luisantes. CC-BY-NC-ND.
Figure 1. Analyse en composantes principales de Rosa du groupe des Synstylae montrant des formes intermédiaires entre Rosa arvensis et R. sempervirens ; R. Mathon, CC-BY-NC-ND.

Nous poursuivons notre chemin jusqu’au bout de la petite piste. Nous sommes maintenant en présence d’un arbuste situé en lisière du bois, en buisson fourni large et d’environ 2,5 m de haut (CANFG093). Il présente les caractères d’un R. canina avec ses folioles glabres et non glanduleuses sur les deux faces, les parties externes des sépales et les pédicelles lisses, des aiguillons courbés. Mais les nombreux cynorrhodons très mûrs qui le recouvrent conservent leurs sépales en disposition étalée, les styles sont poilus (photo 17).

Photo 17. CANFG093 : R. subcanina, sépales étalés et styles poilus. CC-BY-NC-ND.

C’est l’occasion de présenter la notion d’espèce montagnarde remplaçante développée par Hermann Christ dans sa publication Le genre Rosa publiée en 1885 et traduite par Émile Burnat : « On peut observer une série d’espèces habitant les collines et la plaine de l’Europe centrale remplacées par d’autres dans la région montagneuse, aussi bien que dans le Nord, mais différentes par plusieurs caractères constants : les sépales redressés, styles laineux et courts, pédoncules courts, remplaçant les sépales réfléchis, les styles glabres et allongés… Ces caractères sont produits par les influences du climat de la moyenne montagne, comprise entre les limites de la région des hêtres et celle des sapins, humidité, période de végétation plus rapide, insolation plus forte ; par suite, croissance plus énergique, raccourcissement des mérithalles et même des styles, agrandissement luxuriant des organes, coloration des corolles, plénitude de sève qui empêche les sépales de se flétrir trop tôt et les fait participer à la prompte maturation des fruits.

Ces caractères sont invariables et, si nous transportons dans la plaine les Rosa glauca et coriifolia, ils conserveront les traits caractéristiques mentionnés. Qu’on observe ces Rosiers lorsque la culture les aura introduits dans les basses régions, ou qu’ils y auront été amenés par les torrents ; ou encore, ce qui sera bien plus probant, qu’on les étudie dans certaines stations isolées de la plaine, restes d’une époque très ancienne et peut-être glaciaire ; ces espèces nous présenteront leur complète individualité aussi bien que vers la limite supérieure des sapins. ».

En complément des caractères de pilosité des styles et de disposition des sépales, le diamètre du canal stylaire est un élément mesurable : 0,6 mm pour R. canina, supérieur à 1,5 mm pour R. dumalis. Une découpe du disque d’un cynorrhodon réalisée sur place donne un diamètre du canal stylaire de 0,9 mm, nous sommes donc en présence de R. subcanina (Hermann Christ) Dalla Torre & Sarnth., intermédiaire entre R. canina L. et R. dumalis Bechst. La présence de ce Rosa d’affinité montagnarde dans les environs de Toulouse peut s’expliquer comme une relique d’une époque glaciaire, transporté par la Garonne, gros torrent issu des Pyrénées.

 

Observations réalisées sur le bord du lac

Retour par le bord du lac pour examiner un autre spécimen de la section Rubiginae (RUB004). Les faces inférieures des folioles couvertes de glandes apparentes, les pédicelles glanduleux, la base des folioles arrondie, les styles poilus en font sans hésitation un R. rubiginosa L. Nous avons pu observer la persistance de nombreux sépales sur les cynorrhodons mûrs et de nombreux aiguillons de tailles différentes sur les rameaux anciens et récents (photo 18).

Photo 18. RUB004 : R. rubiginosa, nombre et diversité des aiguillons. CC-BY-NC-ND.

Nous poursuivons avec un arbuste situé en haut de la petite butte. C’est un buisson large, d’environ 2 m de haut présentant de nombreux cynorrhodons rouges (CAN087). Les styles sont rapprochés en colonne sur un disque conique de plus de 1,5 mm de haut. Le dessous des folioles est poilu sur les nervures. Les aiguillons ont très souvent une base élargie sur une grande partie de leur hauteur prenant une forme triangulaire. Michel Simon fait remarquer le petit cercle blanc à la base du cône et explique que cette espèce, R. stylosa Desv., possède une répartition atlantique (photos 19 et 20).

Photo 19. CAN087 : R. stylosa, sommet des cynorrhodons coniques avec styles rapprochés en courte colonne. CC-BY-NC-ND.
Photo 20. CAN087 : R. stylosa, aiguillons en triangle à base élargie de la base sur plus de la moitié de la hauteur. CC-BY-NC-ND.

3. Conclusion

Les spécimens de Rosa rencontrés au bois de la Ramée, par leurs différents ports (massif drageonnant, arbuste à tiges peu nombreuses, buisson, tiges fines grimpantes), par la variété de la pubescence et de la glandulosité des folioles, par la persistance ou non des sépales sur les cynorrhodons mûrs et par la présence d’hybrides rassemblent une bonne partie de la variété des espèces de Rosa. Une sortie botanique sur ce site est un excellent support pédagogique. Espérons que le classement en ZNIEFF perpétue la conservation de ce milieu boisé riche en biodiversité, enserré dans un voisinage très urbanisé.

La présence de R. gallica, par ses formes et ses hybrides, en fait un bon laboratoire d’approfondissement de la connaissance sur la reproduction de cette espèce. Cependant, l’observation est limitée par la situation en sous-bois d’une bonne partie des pieds intéressants, la floraison et la fructification s’en trouvant contrariées. Il serait judicieux d’envisager une mise en culture en situation ensoleillée à l’instar de ce que faisaient nos prédécesseurs botanistes du xixe siècle. Un projet de roseraie botanique serait bienvenu.

Remerciements

Je remercie vivement Michel Simon pour ses avis précieux, Lionel Belhacène et tous les membres du groupe botanique de Nature en Occitanie prolongeant la dynamique d’Isatis31 pour leur accompagnement régulier et leur soutien permanent, Boris Presseq pour avoir organisé l’accès aux parts de l’herbier Timbal-Lagrave du Muséum d’histoire naturelle de Toulouse.