Hedysarum coronarium L. (Fabaceae), nouveau pour l’Hérault (France)

Résumé

Hedysarum coronarium a été découvert à Mèze, dans l’Hérault. C’est la première mention de cette espèce pour ce territoire et plus largement de Languedoc. Une description de l’espèce et de son environnement est présentée.

Abstract

Hedysarum coronarium was discovered in Mèze, Hérault. It is the first mention of this species for this territory and more widely of Languedoc. A description of the species and its environment is presented.

Dans la plaine au nord de l’étang de Thau, à l’occasion d’une herborisation de la Société d’horticulture et d’histoire naturelle de l’Hérault, une Papilionaceae inconnue du groupe a été découverte le 17 février 2019 le long d’une piste agricole près du mas de Garric, sur la commune de Mèze (Hérault). Bien qu’à l’état végétatif, la découverte de fragments de fruits au sol et de quelques hampes fructifères de la saison précédente cachées par les feuilles ne laissait aucun doute quant à l’identité du genre ; il s’agissait d’un Hedysarum. Après quelques recherches, la plante fut rapidement identifiée comme étant Hedysarum coronarium.

Hedysarum coronarium L. présente une distribution ouest-méditerranéenne. À l’état spontané, il est connu du Maghreb au nord de l’Atlas (Battandier, 1888 ; Quézel & Santa, 1962 ; Pottier-Alapetite, 1979 ; Fennane et al., 2007), ainsi que du sud de l’Espagne en Andalousie, dans les provinces de Cadiz, Huelva et Malaga (Valdès, 2000). Cultivé pour la production de fourrage, il est également adventice ou naturalisé, ce qui rend délicat l’établissement de son aire d’indigénat dans certaines contrées où il a fait l’objet de mentions historiques. Cet Hedysarum est ainsi signalé dans d’autres provinces du sud et l’est de l’Espagne (Badajoz, Sevilla, Alicante, Valencia, Castellon, Barcelona, Gerona, îles Baléares), au sud du Portugal (Alentejo, Ribatejo et Estremadura), à Malte et en Italie (dans toute la péninsule, en Sardaigne et en Sicile), mais aussi au centre de la Méditerranée dans l’ex-Yougoslavie et en Grèce, et enfin à l’est en Égypte, en Syrie et au Liban.

En France, la découverte d’Hedysarum coronarium à Mèze est une première pour le département de l’Hérault et plus largement pour le Languedoc. L’espèce n’était connue jusque-là de manière récente que d’une seule localité située dans le Var, plus précisément sur la commune d’Ollioules (observations régulières d’Yves Morvant depuis 2015). Toutes les autres mentions françaises de l’espèce sont anciennes :

  • dans le sud-est de la France à Toulon (Huet, 1889) et à Menton, dans le quartier Saint-Roman (Weill, 1973),
  • à Lyon (Balbis, 1827),
  • en région parisienne à Vigneux-sur-Seine (Gossot), Meudon, Puteaux, Courbevoie (Gaudefroy & Mouillefarine, 1871).

Les mentions de Lyon et de la région parisienne correspondent à des observations faites en temps de guerre. La plante est apparue fugacement à la faveur du foin importé de régions méditerranéennes pour le nourrissage des animaux, mais ne s’est pas maintenue.

Les risques de confusion avec les deux autres espèces d’Hedysarum rencontrées dans la plaine méditerranéenne (H. spinosissimum L. subsp. spinosissimum et H. boveanum Bunge subsp. europaeum Guitt. & Kerguélen) sont impossibles. H. coronarium est une plante vivace (ce qui exclut H. spinosissimum qui est annuelle) aux tiges étalées à ascendantes (figure 1). Ses feuilles imparipennées possèdent seulement 2-5 paires de folioles obtuses à légèrement émarginées (figure 2), avec la terminale plus grande que les latérales (5-13 paires de folioles, la terminale au mieux aussi grande que les latérales chez H. boveanum). Les folioles sont par ailleurs largement ovales à elliptiques, de 6 à 25 mm de large (4 à 5 mm de large chez H. boveanum).

La face supérieure des folioles est glabre et d’un vert terne qui contraste avec leur marge bordée de poils clairs (figure 3). La face inférieure est couverte de poils apprimés assez denses donnant une teinte vert clair (figure 4). L’inflorescence est constituée par une grappe généralement fournie pouvant atteindre 30 cm et contenir jusqu’à 30(50) fleurs. Sur la station les grappes étaient certes denses, mais présentaient un nombre plus modeste de fleurs. Ces dernières sont rouge-pourpre à pourpre clair (rose à mauve pour H. boveanum, rose très clair chez H. spinosissimum), avec un étendard de 15-28 mm nettement plus long que la carène et distinctement émarginé (figure 5). Les fruits sont dressés, à 2-4 articles. Ceux-ci sont elliptiques à suborbiculaires, glabres, densément couverts d’épines trapues (figure 6).

La station d’Hedysarum coronarium se trouve en bord de piste agricole en lisière de garrigue, l’autre côté de la piste étant occupé par un talus longeant une parcelle cultivée. Elle s’étire sur moins de 100 m et ne pénètre guère dans le milieu naturel voisin. Une seconde visite à la période de floraison de la plante a permis de relever des indices du passage d’un troupeau de moutons. La plante en a d’ailleurs payé un tribut car les pieds les mieux développés étaient broutés. Il est possible d’imaginer que la présence de notre sainfoin est liée à quelques graines transportées par des moutons originaires d’une région où prospère la plante.

Figure 1. Hedysarum coronarium. Tiges étalées à ascendantes. Mèze (34), le 27 avril 2019. © Frédéric Andrieu.

Figure 2. Hedysarum coronarium. Feuilles à folioles largement ovales. Mèze (34), le 27 avril 2019. © Frédéric Andrieu.

Figure 3. Hedysarum coronarium. Face supérieure d’une foliole. Mèze (34), le 27 avril 2019. © Frédéric Andrieu.

Figure 4. Hedysarum coronarium. Face inférieure d’une foliole. Mèze (34), le 27 avril 2019. © Frédéric Andrieu.

Figure 5. Hedysarum coronarium. Inflorescence à fleurs rouge-pourpre. Mèze (34), le 27 avril 2019. © Frédéric Andrieu.
Figure 6. Hedysarum coronarium. Fruits dressés à 2-4 articles. Mèze (34), le 17 février 2019. © Frédéric Andrieu.

Bibliographie

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Battandier J.-A., 1888. Flore de l’Algérie. Ancienne “Flore d’Alger” transformée, contenant la description de toutes les plantes signalées jusqu’à ce jour comme spontanées en Algérie, par Battandier et Trabut, Dicotylédones. Paris, librairie F. Savy, 825 + 29 p. [appendice n° 2].

Fennane M., Ibn Tattou M., Ouyahya A. & El Oualidi J., 2007. Flore pratique du Maroc, 2 – Angiospermae (Leguminosae – Lentibulariaceae). Institut scientifique, université Mohammed V, Agdal, Rabat, 637 p.

Gaudefroy E. & Mouillefarine E., 1871. Notice sur les plantes méridionales observées aux environs de Paris (florula obsidionalis). Bulletin de la Société botanique de France 18 : 246-252.

Gossot P., 1924. Localités de plantes rares découvertes en 1923. Bulletin de la Société des sciences de Seine-et-Oise 5 (1) : 50-52.

Huet E., 1889. Catalogue des plantes de Provence. Résultat des herborisations faites pendant plus de dix années dans les départements des Bouches-du-Rhône, du Var et des Alpes-Maritimes par MM. R. Shuttleworth, A. Huet et Jacquin, Hanry. Complété par les recherches de MM. Thuret, Canut, H. Roux, Blaize, Autheman, Albert, Goaty, Consolat, etc. dans les mêmes départements. Imprimerie typographique de J. Galy, Pamiers, 166 p.

Pottier-Alapetite G., 1979. Flore de la Tunisie, 1 – Angiospermes – Dicotylédones Apétales-Dialypétales. Imprimerie officielle de la Républque tunisienne, 651 p.

Quézel P. & Santa S., 1962-1963. Nouvelle flore de l’Algérie et des régions désertiques méridionales. Ed. CNRS, Paris, 2 tomes, 1170 p., 10 pl., 1 carte.

Valdès B., 2000. Hedysarum L. In S. Talavera et al., Flora Iberica, VII (II), Leguminosae (partim), Réal Jardin Botánico, Madrid : 943-955.

Weill J., 1973. Deuxième contribution à l’étude de la flore du département des Alpes-Maritimes. Riviera Scientifique 60 : 95-100.

 Webographie

Anthos. Sistema de información sobre las plantas de España [20/06/2020] : http://www.anthos.es/

SI-Flore [20/06/2020] : http://siflore.fcbn.fr

SILENE Flore [20/06/2020] : http://flore.silene.eu/

Flora-on, Sociedade Portuguesa de Botânica [20/06/2020] : https://flora-on.pt