Confirmation de la présence d’Arum cylindraceum Gasp. (Araceae) dans le sud Larzac (Hérault et Aveyron, France)

Résumé

La découverte d’une première station d’Arum cylindraceum au Caylar en mai 2017, suivie de neuf autres au cours des deux années suivantes confirme la présence cette espèce non revue depuis la fin du XIXe siècle dans le sud Larzac (départements de l’Hérault et de l’Aveyron). Un bilan des connaissances est présenté ainsi que quelques éléments d’écologie et de détermination sur le terrain.

Abstract

The discovery of a first station of Arum cylindraceum at Caylar in May 2017, followed by nine others over the next two years confirm the presence of this species not seen since the end of the XIXth century in the south Larzac (departments of Hérault and Aveyron – France ). A state of knowledge is presented as well as some elements of ecology and determination in the field.

Arum cylindraceum Gasp. est l’une des quatre espèces d’Arum présentes en France. Au sein du genre Arum, ce taxon se rapporte à la section Dioscoridea (Engl.) P.C. Boyce, sous-section Alpina P.C. Boyce, qui comprend une seconde espèce, Arum lucanum Cavara & Grande, endémique du sud de l’Italie. Cette classification, établie suite aux révisions du genre Arum (Boyce, 1989, 1993, 1994, 2006 ; Bedalov & Küpfer, 2005), est basée sur des caractères essentiellement morphologiques (formes du tubercule et du spadice, de l’inflorescence et des fleurs stériles – staminodes et pistilodes –, phénologie). Elle ne s’accorde cependant que partiellement aux travaux de phylogénie moléculaire réalisés tout récemment (Espindola et al., 2010). D’un point de vue caryologique, A. cylindraceum est un taxon diploïde (2n = 28), tandis que les deux autres espèces classiquement rencontrées en France sont tétraploïde (A. maculatum) et hexaploïde (A. italicum). Ce taxon appartient au groupe d’Arum alpinum Schott & Kotschy qui se compose de taxons diploïdes. Pris dans une conception stricte, il occupe la partie méridionale de l’aire centro-européenne du groupe et présente une distribution discontinue liée aux reliefs du sud de l’Europe (Fridlender, 1999). Il est ainsi présent en Italie dans la moitié sud de la péninsule et en Sicile (Pignatti, 1982), dans l’ex-Yougoslavie et dans les montagnes de Grèce. Par rapport aux autres taxons du groupe, son aire déborde plus largement vers l’ouest pour atteindre la péninsule ibérique. Il s’observe en Espagne et à l’extrémité nord-est du Portugal (Galán et al., 2007), se cantonnant à quelques sierras d’Andalousie, du Système ibérique et du Système central, ainsi qu’à la cordillère cantabrique et au versant sud occidental des Pyrénées (Draper et al., 1997).

En France, A. cylindraceum est présent dans les Alpes du Sud, au niveau des reliefs de l’arrière-pays provençal : partie orientale du Vaucluse ; extrémité sud-est de la Drôme ; Alpes-de-Haute-Provence ; reliefs de l’est des Bouches-du-Rhône ; Var et Alpes-Maritimes. Il est également noté en Corse, dans le département de Haute-Corse. En dehors de ce territoire, il n’est connu que d’un seul secteur situé sur la bordure méridionale du Causse du Larzac, dans le département de l’Hérault (Figure 1). Cette présence a été confirmée récemment par Fridlender (1999), d’après une part d’herbier sans date de Barrandon (deuxième moitié du XIXe siècle), conservée au MNHN de Paris sous A. maculatum. Cette donnée correspond à la citation d’A. maculatum de Barrandon à « La Sérane » dans la Flore de Montpellier (Loret & Barrandon, 1886). Les résultats des travaux de Fridlender ont été repris par les flores récentes : seconde édition de la Flore des Causse (Bernard, 2008), Flore méditerranéenne de la France continentale (Tison, Jauzein & Michaud, 2014) et Flora Gallica (Tison & de Foucault, 2014). Mais jusqu’à tout récemment aucune observation n’a permis d’actualiser la présence d’A. cylindraceum dans le sud des Causses.

C’est au printemps 2017 que l’espèce a été retrouvée sur le Larzac méridional héraultais. A l’occasion d’une herborisation de la section botanique de la société d’horticulture et d’histoire naturelle de l’Hérault, une première localité d’A. cylindraceum est découverte au Caylar. Dans les jours suivants, deux nouvelles localités sont ajoutées, puis sept autres au cours des deux années suivantes (Andrieu et al., 2019 ; Bernard, 2019). Sur les dix localités mises en évidence, neuf sont dans l’Hérault et une dans l’Aveyron. Elles sont détaillées ci-après selon l’ordre chronologique de leur découverte (Figure 2).

  • Station 1 : le Caylar (34), en deux points, l’un au niveau d’un terre-plein d’un petit rond-point près du terrain de football du village, l’autre dans une chênaie pubescente à sous-bois de buis sur le flanc sud-est du Roc Castel (Michèle Aubrun, Jean-Marie Coste, Marie-Thérèse Goupil et Emile Duhoux, le 10/05/2017) ;
  • Station 2 : les Rives (34), à proximité du village à l’ouest, aux Combes (Pascal Arnaud, le 25/05/2017). Revu dans le même secteur l’année suivante (James Molina, 19/05/2018 ; Christian Bernard, le 31/05/2018) ;
  • Station 3 : Saint-Michel (34), à l’est du hameau de la Vernède près de l’aire de pique-nique (Jean-Marie-Coste, Marie-Thérèse Goupil, Roselyne Guizard et Josiane Aurensan, le 07/06/2017). Cette observation vient corriger une mention initiale d’ maculatum (Frédéric Andrieu, Jean-Marie Coste et Michèle Aubrun, 2013). L’année suivante, la plante est trouvée un peu plus à l’ouest, au départ du chemin menant aux bâtiments du hameau de la Vernède (Pascal Arnaud, le 04/05/2013) ;
  • Station 4 : la Couvertoirade (12), entre le village et les parkings (Christian Bernard, le 17/05/2018) ;
  • Station 5 : Lauroux (34), en bordure du chemin du Mas de Graille (Pascal Arnaud, le 01/06/2018) ;
  • Station 6 : Sorbs (34), au Mas de Combelles (Christine Casiez, 26/05/2018). Observé l’année suivante à proximité en deux autres points au Mas de Ville Vieille (Christian Bernard et Frédéric Andrieu, le 22/08/2019) ;
  • Station 7 : la Vacquerie-et-Saint-Martin-de-Castries (34), au niveau du chemin sortant du village en montant vers la Combe Roujal (Christian Bernard, le 23/05/2019). Trouvé peu après en d’autres secteurs aux abords du village, au sud le long de la rue de la Digue, et à l’ouest dans le bas de versant du Château (Christian Bernard et Frédéric Andrieu, le 22/08/2019) ;
  • Station 8 : le Caylar, au Mas d’Aussel (Pascal Arnaud, le 23/06/2019), station bien distincte de celle de la station 1 ;
  • Station 9 : Saint-Maurice-Navacelles (34), entre le village et le Mas de Rigal (Christian Bernard et Frédéric Andrieu, le 22/08/2019) ;
  • Station 10 : Cros (34), le long du chemin de Saint-Guiral et de la route de Sorbs (Christian Bernard et Frédéric Andrieu, le 22/08/2019).

Si la mention d’A. maculatum de Loret et Barrandon, mais également celle de la station 3, se sont avérées être un A. cylindraceum, qu’en est-il des autres mentions d’A. maculatum signalées dans le sud des Causses et plus largement sur les reliefs des piémonts méditerranéens ? C’est la question que mettait en exergue Fridlender (1999), « il faudrait s’assurer que toutes les stations d’A. maculatum signalées dans le département [de l’Hérault] /…/ correspondent bien à ce taxon ».

Pour les deux localités récentes d’A. maculatum du sud Larzac, des contres visites ont été rapidement engagées par les propres auteurs des observations. Ainsi, comme présenté plus haut, sur la station 3 de la commune de Saint-Michel, la mention initiale d’A. maculatum a été infirmée. Pour la seconde localité située dans le cirque de Labeil à Lauroux, au nord de Lodève (tableau 1), le contrôle a été vain, aucun Arum n’était présent lors de la contre visite. Elle reste donc à confirmer, comme la plupart des autres citations d’A. maculatum plus anciennes de l’Hérault, auxquelles il convient d’ajouter celles du département voisin du Gard (tableau 1 et Figure 2). Le seul secteur où A. maculatum est attesté se trouve sur les hauteurs dominant la vallée de la Mare, dans les bois des environs de Saint-Amans-de-Mounis, du Pont de la Mouline et du Moulin d’Orques, sur la commune de Castanet-le-Haut (voir photo 2-1).

Ces contrôles devraient également être étendus aux départements voisins de l’Aude, notamment pour la partie orientale des Corbières, et potentiellement de Lozère pour ses parties sud dans les grands Causses, où quelques mentions d’A. maculatum sont indiquées.

Les risques de confusions avec A. maculatum sont notoires sans un examen attentif, mais il ne faut pas négliger ceux avec A. italicum dont l’aire recoupe celle d’A. cylindraceum. Aux stades floral et fructifère, plusieurs critères permettent de les distinguer sans trop de problème et avec un peu d’expérience. Au stade végétatif, le seul moyen est un examen des organes souterrains. Il est à utiliser avec parcimonie car potentiellement destructif. Le tableau 2 ci-après résume les critères distinctifs de ces trois Arum présents en Languedoc (Fridlender 1999 ; Tison, Jauzein et Michaud 2014 ; Tison et de Foucault 2014).

Dans le sud Larzac, les populations d’A. cylindraceum mises en évidence s’épanouissent dans la série de la chênaie pubescente qui constitue l’essentiel de la végétation du sud des Causses. Elles sont liées à des faciès semi-ombragés, voire ombragés, frais et plus ou moins rudéralisés. Elles se rencontrent dans les bas de versants, en lisière de bois de chêne pubescent, plus rarement à l’intérieur. De nombreuses observations ont été réalisées à proximité des habitations, en bord de sentiers ombragés, le long de murets, sous les haies de frêne ou les fourrés des parcelles délaissées. Les espèces compagnes les plus régulières témoignent d’une ambiance plutôt fraîche et de sols riches :

Alliaria petiolata (M.Bieb.) Cavara & Grande
Anisantha sterilis (L.) Nevski
Anthriscus sylvestris subsp. sylvestris (L.) Hoffm.
Asplenium ceterach L.
Ballota nigra subsp. foetida (Vis.) Hayek
Buxus sempervirens L.
Chelidonium majus L.
Clematis vitalba L.
Corylus avellana L.
Dactylis glomerata subsp. glomerata L.
Euonymus europaeus L.
Fraxinus excelsior L.
Geranium pyrenaicum Burm.f.
Geum urbanum L.
Hedera helix L.
Heracleum sibiricum L.
Lactuca muralis (L.) Gaertn.
Lapsana communis L. subsp. communis
Quercus pubescens Willd.
Sambucus nigra L.
Solanum dulcamara L.
Urtica dioica L. subsp. dioica

Intuitivement, il paraît évident de rechercher A. cylindraceum au printemps, au stade floral. La plante est alors bien visible et présente des critères morphologiques discriminants (spadice, spathe, stipe) qui pourront orienter le diagnostic du botaniste. Mais sa recherche sera tout aussi fructueuse plus tard en saison et sans trop de difficultés. Chez cette espèce, la maturité des fruits est plus tardive, si bien qu’en fin d’été (fin août) elle est toujours observable, mais au stade fructifère. Pour des yeux discernant bien le vert et le rouge, il sera aisé de dénicher les hampes fructifères ornées d’une quarantaine à peine de fruits rouge orangé (fruits plus nombreux chez les deux autres espèces de la région).

Figure 1. Répartition d’Arum cylindraceum en France, état des connaissances antérieur à 2017 (source : SI-Flore, http://siflore.fcbn.fr ; nota : carte modifiée pour le département l’Hérault).

Figure 2. Carte des stations d’A. cylindraceum et d’A. maculatum dans l’Hérault et le Gard Les points d’interrogation situent la montagne de la Séranne d’où provient la part d’herbier de Barrandon (source : SILENE, http://flore.silene.eu/.

Tableau 1. Liste des stations d’A. maculatum à vérifier (source : http://flore.silene.eu/).

Tableau 2. Critères distinctifs des trois espèces d’Arum présents en Languedoc. Entre crochets, les numéros des photos illustrant le critère.

1-1 - Arum cylindraceum. Feuille non maculée, à oreillettes courtes et arrondies [Le Caylar (34), MG 2017].

2-1 - Arum maculatum. Feuille souvent maculée de noir, à oreillettes plus marquées [Castanet-le-Haut (34), FA 2010].

1-2 - Arum cylindraceum. Stipe aussi long que les feuilles, les spathes dépassent les feuilles [Le Caylar (34), MG 2017].

2-2 - Arum maculatum. Stipe court, la spathe dépasse peu des feuilles. Noter l’absence de macules sur les feuilles de cette population [Chassy (18), JC 2009].

1-3 - Arum cylindraceum. Spadice cylindrique sans élargissement net à son extrémité ; spathe s’ouvrant peu [Le Caylar (34), MG 2017].

2-3 - Arum maculatum. Spadice clairement élargi en massue à son extrémité ; spathe plus ouverte, étalée [Amboise (34), FA 2019].

1-4 - Arum cylindraceum. Stipe vert glaucescent pâle, spathe longuement persistante [La Vacquerie-St-Martin (34), FA 2019].

2-4 - Arum maculatum. Stipe vert non glaucescent, spathe caduque. Ici, les fruits ne sont pas matures [St-Sardos (47), ML 2011].

1-5 - Arum cylindraceum. Tubercule discoïde et verticaux, notamment ceux qui sont flétris sur la partie droite [Caylar (34), FA 2017].

2-5 - Arum maculatum. Tubercule cylindrique [Amboise (34), FA 2019].

 

Bibliographie

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Sites internet

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